Les écosystèmes en bonne santé offrent un habitat aux espèces indigènes, retiennent les nutriments et stockent les eaux de crue. Les efforts entrepris pour protéger l’habitat essentiel dans le bassin du lac Champlain, notamment les zones riveraines et humides, portent sur l’amélioration de la connectivité de l’habitat et des points de passage de la faune , la réduction des ruissellements de nutriments vers les rivières et ruisseaux, l’appui de mesures de restauration pour les espèces menacées et la réduction des risques de nouvelles invasions d’espèces non indigènes.

SANTÉ DES POISSONS

Les pêcheurs à la ligne estiment que la pêche dans le lac Champlain est bonne en toute saison, que ce soit la pêche au doré jaune, au brochet, à l’achigan, au saumon atlantique, au touladi ou à la perchaude. 

Le lac accueille plus de 80 espèces de poissons, notamment des espèces essentielles à la pêche sportive qui attirent des tournois de pêche de toutes tailles, des concours de pêche de clubs locaux aux grandes compétitions nationales. En 2016 et 2017, les pêcheurs à la ligne ont attrapé des carpes, ciscos, malachigans et chevaliers rouges de taille record dans le lac Champlain et ses affluents.

Le touladi, le saumon atlantique et d’autres espèces de poissons sportifs continuent d’être ensemencés dans le lac Champlain par les administrations de chasse et de pêche de l’État fédéral, du Vermont et l’État de New York pour appuyer la pêche sportive dans le lac Champlain. À l’été 2017, l’U.S. Fish and Wildlife Service (USFWS) a fêté la réouverture de l’écloserie nationale de White River, à Bethel (Vermont). Cette écloserie, qui avait été gravement endommagée par la tempête tropicale Irene en 2011 et mise hors service par la suite, est à nouveau une importante source de stock reproducteur de saumon atlantique et de touladi pour le bassin du lac Champlain.

Les 40 années d’action de rétablissement du touladi dans lac Champlain affichent quelques récents résultats prometteurs. Des chercheurs de l’Université du Vermont ont observé que le pourcentage de jeunes touladis sauvages dans le lac Champlain (la descendance de poissons ensemencés) est passé de 24 % des touladis prélevés en 2015 à près de 50 % en 2017. Cette forte augmentation est probablement le résultat des changements récents dans l’alimentation du touladi d’élevage, d’une réduction de la prédation, d’une meilleure lutte contre la lamproie et de modifications dans l’utilisation des lieux de frai.

Les espèces de poisson non indigènes et envahissantes restent un problème dans le lac Champlain. Les populations de gaspareau, de tanche, de rotengle et de quelques-unes des espèces introduites les plus populaires, telles que la truite arc-en-ciel et la truite brune, continuent d’augmenter en nombre et en taille. Le gaspareau envahissant continue de perturber la chaîne alimentaire du lac Champlain en supplantant et en prenant la place de l’éperlan arc-en-ciel indigène, la principale source de nourriture pour le touladi et le saumon atlantique. Certaines espèces sportives se nourrissent de gaspareau, mais un régime riche en gaspareau peut conduire à une ingestion élevée de thiaminase chez le touladi et le saumon atlantique. Cette enzyme peut empêcher l’absorption de thiamine dans les œufs de certains salmonidés, entraînant une mortalité précoce des alevins.

Atlantic salmon

L’USFWS et ses partenaires veillent à ce que les pêcheurs à la ligne bénéficient d’une pêche en pleine santé dans le lac Champlain. Photo : USFWS

Le taux de blessures du saumon atlantique par la lamproie est proche des limites cibles établies par les responsables des pêches, toutefois les difficultés persistent pour le touladi.

La lamproie est un poisson parasite semblable à l’anguille qui a eu des effets dévastateurs sur le saumon atlantique, le touladi et d’autres espèces sportives dans le lac Champlain. Ce poisson est originaire de l’Océan Atlantique et la question de savoir s’il s’agit d’une espèce indigène nuisible ou d’une espèce envahissante dans le lac Champlain n’est toujours pas tranchée. La lamproie passes les quatre premières années de sa vie sous forme de larve dans les affluents du lac. Durant la cinquième année, la majorité des lamproies deviennent parasitaires et entrent dans le lac, où elles s’attachent à des poissons-hôtes et se nourrissent du sang et autres liquides organiques de l’hôte.

Un programme de gestion à long terme, mené depuis 2002 par la Lake Champlain Fish and Wildlife Management Cooperative en partenariat avec le Vermont Fish and Wildlife Department et le New York State Department of Environmental Conservation, a permis de réduire les effets de la lamproie sur les espèces indigènes. Dans le cadre de cette action commune, les chercheurs évaluent la densité de larves de lamproie dans les rivières, ruisseaux et deltas pour établir une priorité de traitement des affluents, ils suivent les tendances des populations de lamproies et étudient l’efficacité des traitements chimiques. Les méthodes de lutte comprennent l’installation de barrières pour empêcher le frai, l’utilisation de pièges et l’application de pesticides chimiques appelés lampricides dans les rivières et les deltas. Ces mesures ont eu un certain succès. Une barrière saisonnière sur le ruisseau Morpions au Québec, par exemple, a permis d’éliminer la reproduction dans les secteurs amont. Et l’utilisation, pour la première fois, de lampricide dans la rivière LaPlatte à Shelburne (Vermont) a réduit une source auparavant incontrôlée de lamproies.

Toutes ces méthodes sont conçues pour agir durant le stade larvaire de la lamproie, avant qu’elle se transforme en parasite et s’attaque aux poissons du lac Champlain. L’objectif final est de réduire la quantité de produits chimiques nécessaire pour contrôler cette espèce mais, en attendant, l’USFWS s’assure que les traitements aient des effets limités sur les espèces non ciblées, en particulier les espèces menacées et en voie de disparition. L’esturgeon jaune, le dard gris, le dard de sable, la barbotte des rapides, le necture tacheté, la moule et les espèces indigènes de lamproie peuvent être sensibles aux lampricides. Les lampricides ne sont pas toxiques pour les humains et les mammifères aux concentrations auxquelles ils sont appliqués dans le bassin du lac Champlain. Cependant, les habitants des zones de traitement sont notifiés avant qu’un traitement soit effectué et informés d’une restriction temporaire sur les activités de pêche et de loisir, ainsi que sur l’utilisation de l’eau pour la consommation humaine, l’utilisation domestique, l’irrigation ou l’abreuvement du bétail.

Figure 10

Figure 10 | Taux de blessures par les lamproies dans le lac Champlain, 2002–2017

Au cours des dernières années, le nombre de blessures de lamproies observées sur le saumon atlantique est resté proche de la limite établie, alors que le taux de blessure du touladi a augmenté (Figure 10). Divers facteurs peuvent influer sur les taux de blessures, notamment le prélèvement d’échantillons et le succès de reproduction tant de la lamproie que des salmonidés.