Les écosystèmes en bonne santé offrent un habitat aux espèces indigènes, retiennent les nutriments et stockent les eaux de crue. Les efforts entrepris pour protéger l’habitat essentiel dans le bassin du lac Champlain, notamment les zones riveraines et humides, portent sur l’amélioration de la connectivité de l’habitat et des points de passage de la faune , la réduction des ruissellements de nutriments vers les rivières et ruisseaux, l’appui de mesures de restauration pour les espèces menacées et la réduction des risques de nouvelles invasions d’espèces non indigènes.

ESPÈCES AQUATIQUES ENVAHISSANTES

Le lac Champlain compte un certain nombre d’espèces aquatiques envahissantes, mais aucune nouvelle espèce n’a été observée depuis la découverte du cladocère épineux en 2014.

Les espèces non indigènes sont des plantes, des animaux et des pathogènes qui sont introduits dans le bassin du lac Champlain et issus de zones extérieures au bassin versant. La liste des espèces non indigènes actuellement présentes dans le bassin en comprend certaines dont l’impact est difficile à quantifier, notamment des espèces très appréciées telles que la truite arc-en-ciel, la truite brune et l’achigan à grande bouche, ou d’autres moins connues telles que le bulime ou la sphaerie européenne.Certaines de ces espèces non indigènes sont désignées espèces envahissantes, à savoir qu’elles présentent un danger avéré pour l’économie ou l’environnement ou qu’elles ont un effet néfaste sur la santé humaine.

Figure 11

Figure 11 | Espèces aquatiques non indigènes et envahissantes dans le lac Champlain, 1883–2017

Sur les 50 espèces aquatiques non indigènes connues dans le lac Champlain, un peu plus d’une douzaine sont envahissantes (Figure 11). Les espèces aquatiques envahissantes (EAE) les plus connues comprennent des plantes telles que le myriophylle en épi, la salicaire pourpre et la châtaigne d’eau; des crustacés et des mollusques tels que le cladocère épineux, l’écrevisse à taches rouges et la moule zébrée; ainsi que des agents pathogènes nuisibles tels que le virus de l’achigan à grande bouche.

Le cladocère épineux est l’espèce aquatique envahissante la plus récente à avoir été observée dans le lac Champlain et celle qui présente le plus grand risque de propagation à d’autres plans d’eau. Ce crustacée, qui est originaire d’Europe du Nord et d’Asie, a été introduit par de l’eau de ballast rejetée dans les Grands Lacs, après quoi il s’est rapidement propagé vers des lacs intérieurs des Adirondacks puis jusqu’au lac Champlain. Le programme de suivi biologique et de qualité de l’eau à long terme du lac Champlain (Lake Champlain Long-Term Water Quality and Biological Monitoring Program) a détecté le cladocère épineux pour la première fois dans le lac en 2014. En plus de son effet négatif sur les communautés planctoniques du lac, la longue queue épineuse de cette espèce s’accroche aux lignes et downriggers des pêcheurs. Ce matériel de pêche, ainsi que les eaux de cale, fournissent au cladocère épineux un moyen essentiel de poursuivre sa propagation dans le bassin.

Steward pressure washing a boat

Treatment of high-risk boats with a hot-water high-pressure wash can help to prevent the spread of aquatic invasive species. Photo: LCBP.

La palourde asiatique est présente dans le canal Champlain et le lac George depuis plusieurs années, mais ce n’est qu’en 2016 qu’elle a été observée par un pêcheur à la ligne dans le lac Bomoseen. La palourde asiatique est un petit bivalve qui peut obstruer les tuyaux de prise d’eau et les systèmes d’irrigation et peut tapisser les surfaces sablonneuses au fond d’un lac. Elle est hermaphrodite, à savoir que chaque individu peut se reproduire sans partenaire, une caractéristique qui lui permet une propagation rapide. Le groupe de travail d’intervention rapide sur les EAE du lac Champlain (Lake Champlain AIS Rapid Response Task Force) a évalué la détection de la palourde asiatique dans le lac Bomoseen en vue d’un possible plan de gestion. Comme la population s’est propagée sur une zone importante (ce qui rend presque impossible l’éradication de l’espèce dans le lac), le groupe de travail a suggéré une intendance renforcée des rampes de mise à l’eau et l’installation d’une station de décontamination.

L’écosystème du bassin est probablement touché par certaines espèces non indigènes dont l’effet nuisible sur les plans d’eau n’a pas encore été documenté. Les organisations de bassin versant locaux gèrent activement des espèces telles que l’hydrocharide grenouillette et l’iris des marais. Les espèces aux portes du lac Champlain qui présentent la plus grande menace en provenance de l’extérieur du bassin sont notamment le gobie à taches noires, la moule quagga, l’hydrilla et le Nitellopsis obtusa.

Le bassin est également menacé par un certain nombre d’espèces envahissantes terrestres, parasites des forêts et pathogènes susceptibles de provoquer des dommages économiques importants. L’agrile du frêne, une espèce envahissante de parasite des forêts ravageur, a été détecté pour la première fois dans le Vermont en février 2018 et le puceron lanigère de la pruche, un autre parasite des forêts, a été découvert dans la région du lac George en 2017.

Certains des effets les plus importants à l’écologie du lac Champlain sont causés par les espèces aquatiques envahissantes, qui ont modifié la communauté planctonique à la base du réseau trophique.

Le zooplancton est la source d’alimentation qui soutient l’activité de pêche du lac Champlain, nourrissant le saumon atlantique, le touladi (truite grise) et d’autres espèces essentielles. Des chercheurs à SUNY Plattsburgh ont observé des diminutions chez un plancton indigène appelé rotifère suite à la première détection de la moule zébrée envahissante dans le sud du lac Champlain en 1993. La moule zébrée s’est établie dans l’ensemble du lac en moins d’une décennie. Son impact sur le plancton n’est que l’une des incidences profondes de cette espèce envahissante. En outre, la moule zébrée étouffe et prend la place des moules indigènes, obstrue les tuyaux de prise d’eau, est coupante pour les pieds des nageurs et recouvre les épaves historiques submergées.

Suite à la détection de gaspareaux envahissants, les populations de puces d’eau indigènes, les copépodes et les cladocères, se sont déplacées, suggérant que non seulement le gaspareau supplante l’éperlan arc-en-ciel indigène, mais qu’il pourrait aussi avoir un effet sur le groupe indigène de puces d’eau, qui occupe une place à la base de la chaîne alimentaire du lac Champlain. Le cladocère épineux envahissant, qui est arrivé en 2014, peut également avoir un effet sur l’écosystème du lac. Des échantillons recueillis durant l’été 2014 ont montré une forte pointe de densités de cladocère épineux durant l’envahissement initial par cette espèce. Les densités de cladocère épineux ont diminué au cours des années suivantes, mais une baisse d’abondance de plusieurs espèces planctoniques de rotifères et de certains crustacés communs a été attribuée à la prédation par le cladocère épineux.

Si certaines espèces envahissantes migrent, l’activité humaine est la cause la plus courante de la propagation d’espèces aquatiques envahissantes.

Figure 12

Figure 12 | Menaces non indigènes sur le bassin du lac Champlain par les voies navigables connexes

La principale source de nouvelles espèces aquatiques dans le Nord-Est est l’eau de ballast chargée par les navires en mer et relâchée dans les Grands Lacs. Une fois dans les Grands Lacs, une espèce peut se propager par les canaux qui relient les plans d’eau du Nord-Est et offrent une voie majeure pour l’introduction dans le lac Champlain (Figure 12). Le canal Champlain, qui relie le lac Champlain à la rivière Hudson, s’avère être la voie de passage la plus importante pour la propagation des EAE. Une étude de faisabilité a récemment démarré pour examiner les possibilités d’établissement de barrières sur le canal Champlain pour empêcher les déplacements d’espèces aquatiques non indigènes et envahissantes.

boat in canal

Aquatic invasive species can hitch a ride on recreational vessels passing through canals that connect Lake Champlain to other water bodies in the region. Photo: LCBP.

D’autres vecteurs pour l’introduction et la propagation sont l’utilisation de poissons appâts, le déversement d’aquariums et espèces d’ornement, les espèces échappées de jardins aquatiques et le transport par voie de terre d’embarcations, remorques et équipements récréatifs. Le LCBP et de nombreux partenaires soutiennent des programmes d’accueil et d’intendance au niveau des rampes de mise à l’eau sur le lac Champlain et d’autres plans d’eau dans le bassin. L’intendant inspecte les embarcations lorsqu’elles sont mises à l’eau et sorties du lac afin d’intercepter les espèces envahissantes avant qu’elles se propagent. Des stations de décontamination des embarcations ont été placées de façon stratégique à travers la région des Adirondacks, sur les rives du lac George et du lac Champlain, ainsi qu’en différents lieux à travers le Vermont. Les intendants traitent les embarcations à haut risque avec de l’eau chaude sous haute pression pour rincer toute espèce non indigène et envahissante potentielle de l’extérieur de l’embarcation, du moteur et autres compartiments. Le Vermont et l’État de New York ont récemment renforcé les règles et les règlements exigeant que les plaisanciers nettoient et vidangent leurs embarcations et leurs remorques lorsqu’ils les déplacent d’un plan d’eau à l’autre afin d’empêcher la propagation d’EAE. Une autre mesure de prévention a été le passage par le Québec de nouvelles réglementations sur les poissons appâts.

Figure 13

Figure 13 | Propagation potentielle d’espèces aquatiques envahissantes transportées par des embarcations sur remorque dans le Nord-Est

Les programmes d’intendance recueillent également d’importantes informations sur le transport terrestre des bateaux. Les enquêtes montrent que les embarcations entrant dans le lac Champlain peuvent provenir de lieux aussi éloignés que le Texas et le Colorado et que certains plans d’eau dans le Nord-Est sont fréquemment visités pendant une courte durée immédiatement avant l’arrivée sur le lac Champlain ou après le départ (Figure 13). Une bonne connaissance des déplacements de bateaux permet d’identifier les plans d’eau infestés par des EAE prioritaires en matière d’inspection des embarcations et de stations de décontamination. Les partenaires dans le bassin ont adopté une approche régionale de l’évaluation des risques et de la prévention de la propagation par la mise en commun des techniques et données de leurs programmes respectifs.

The LCBP boat launch steward program expanded to Quebec for the first time in 2017. Photo: OBVBM.

Une détection précoce et une intervention rapide sont des éléments clés de la prévention de la propagation. Le confinement et la gestion des nouvelles espèces introduites avant qu’elles soient établies permettent de réduire le coût potentiel de la gestion à long terme qui incombe aux États et aux organismes à but non lucratif, qui ont tous des ressources et financements limités. Les bénévoles formés jouent un rôle essentiel dans la détection précoce de nouvelles espèces et de la propagation d’espèces envahissantes existantes dans le bassin.

La châtaigne d’eau envahissante continue de nécessiter d’intenses mesures de lutte chaque année, mais les efforts de gestion coordonnée ont permis de réduire fortement l’étendue des infestations.

la châtaigne d'eauLa châtaigne d’eau est une plante envahissante qui forme de denses tapis de feuilles qui flottent à la surface de l’eau. À l’extrémité sud du lac Champlain, la châtaigne d’eau limite la circulation des embarcations et les activités récréatives, prend la place des plantes indigènes et crée des zones pauvres en oxygène inhabitables pour les poissons et autres organismes. Elle a été observée dans le sud du lac Champlain pour la première fois dans les années 1940 et a probablement été introduite par l’intermédiaire du canal Champlain suite à une échappée d’un jardin aquatique. La rivière Hudson contient également d’importantes populations de châtaigne d’eau.

Le programme de lutte contre la châtaigne d’eau dans le lac Champlain est un exemple de succès durable. Près d’une douzaine d’organismes fédéraux américains, des États, provinciaux et non gouvernements apportent leur soutien à la récolte de la châtaigne d’eau par des moyens mécaniques et à la main dans le lac Champlain et d’autres étendues d’eau intérieures dans le bassin. Depuis 1999, ces efforts ont repoussé les zones de population dense de Crown Point à Dresden Narrows plus au sud. D’importants progrès ont été réalisés par la récolte à la main pour certaines populations satellites dans la rivière Richelieu, la rivière aux Brochets et le refuge faunique national Missisquoi (Figure 14).

Figure 14

Figure 14 | Étendue de la propagation de la châtaigne d’eau dans le lac Champlain, 1999, 2007, 2017

Les efforts de récolte mécanique et à la main pour l’éradication de la châtaigne d’eau ont rencontré certaines difficultés au cours des dernières années en raison des fluctuations de niveau d’eau du lac. Les bas niveaux d’eau en 2016 ont réduit la capacité du personne de gestion et des bénévoles à accéder aux zones peu profondes pour récolter les plantes; heureusement, les niveaux d’eau élevés en 2017 ont permis à ces équipes de rattraper la perte d’avancement. En 2017, une fois les niveaux d’eau rétablis, les équipes ont récolté plus de 2 000 rosettes qui avaient été découvertes l’année précédentes dans le marais Black Creek, dans la baie de St. Albans.

L’effort d’éradication de cette plante envahissante pourrait bientôt bénéficier d’un nouvel outil technologique. Le Lake Champlain Committee et le Department of Environmental Conservation du Vermont évaluent actuellement la possibilité d’utiliser des drones pour renforcer l’efficacité de la lutte contre la châtaigne d’eau dans le lac. L’évaluation porte sur l’utilisation des drones pour la détection, l’évaluation, la documentation et le suivi de la châtaigne d’eau à partir de 2018.

Jetez-vous à l’eau : ce que vous pouvez faire

Devenez un scientifique citoyen bénévole. Communiquez avec votre organisme local ou administration de gestion du bassin versant pour savoir comment chercher et identifier les espèces envahissantes.

Nettoyez, vidangez et séchez. Prenez des mesures pour arrêter les auto-stoppeurs aquatiques.

Éliminez les appâts comme il se doit. Ne les rejetez pas dans les plans d’eau.

Utilisez uniquement des espèces indigènes. Ne plantez pas d’espèces envahissantes dans les pelouses ou les jardins.

Utilisez du bois de chauffage local. Ne déplacez jamais de bois de chauffage entre différents lieux