Les écosystèmes en bonne santé offrent un habitat aux espèces indigènes, retiennent les nutriments et stockent les eaux de crue. Les efforts entrepris pour protéger l’habitat essentiel dans le bassin du lac Champlain, notamment les zones riveraines et humides, portent sur l’amélioration de la connectivité de l’habitat et des points de passage de la faune , la réduction des ruissellements de nutriments vers les rivières et ruisseaux, l’appui de mesures de restauration pour les espèces menacées et la réduction des risques de nouvelles invasions d’espèces non indigènes.

BIODIVERSITÉ

Plusieurs sources de pression menacent la biodiversité du bassin, toutefois les mesures prises pour protéger l’habitat contribuent à améliorer la santé de l’écosystème.

L’écosystème du lac Champlain comprend aussi bien les plantes, animaux  et micro-organismes que les habitats dont ils dépendent. Par biodiversité du bassin versant, on entend le grand nombre et la variété de formes de vie dans un large éventail d’habitats au sein de l’écosystème du bassin. La biodiversité du bassin est menacée principalement par la perte d’habitat, le changement climatique et l’introduction d’espèces envahissantes.

Certains types d’habitat ont une importance essentielle dans la protection de la qualité de l’eau et des fonctions écosystémiques. Les zones humides et riveraines assurent le stockage des eaux de crue, la rétention des nutriments et le contrôle de l’érosion et elles offrent nourriture et habitat pour la croissance aux poissons et autres espèces sauvages. Ces zones sont aussi particulièrement vulnérables face au développement, à la pollution et au changement climatique. La protection et la restauration des habitats humides et riverains sont l’une des priorités des partenaires fédéraux, provinciaux et locaux. Des projets tels que le remplacement de ponceaux pour permettre le passage d’organismes aquatiques peuvent améliorer la connectivité des écosystèmes et offrir des moyens de protection contre les inondations.

Des chercheurs cataloguent les effets du changement climatique sur l’ensemble du lac Champlain et de son bassin versant. Les cycles saisonniers de températures et de précipitations évoluent vers des conditions plus chaudes et plus humides. Les températures moyennes de l’eau de surface dans le lac Champlain ont augmenté au cours des dernières décennies et le lac a gelé complètement moins souvent au cours des 50 dernières années qu’au cours du demi-siècle précédent (Figure 9).

Figure 9

Figure 9 | Gel total du lac Champlain, 1906–2017

Ces évolutions dans le climat ont un effet sur l’habitat tant aquatique que terrestre. À travers la Nouvelle-Angleterre, les hivers plus doux et les précipitations accrues sous forme de pluie ont un effet négatif sur de nombreuses espèces d’arbres et de forêt de grande importance économique, selon une nouvelle étude menée par la Forest Service Northern Research Station de l’U.S. Department of Agriculture (USDA). Les forêts dans les parties supérieures du bassin du lac Champlain jouent un rôle important dans la qualité de l’eau du lac, car elles stockent et filtrent l’eau qui finit par se retrouver dans le lac. La dégradation de la composition et de l’étendue des ces forêts peut avoir une forte incidence sur la qualité de l’eau du lac.

melting snowpack and spring runoff

Les changements d’enneigement et du moment de la fonte printanière ont un effet sur l’habitat des torrents de montagne jusqu’au lac Champlain. Photo : LCBP.

Diverses actions ont été entreprises en réponse aux problèmes visant la  biodiversité. En 2016, l’USDA Natural Resources Conservation Service a travaillé avec des propriétaires fonciers locaux à la conservations de terres humides supplémentaires dans le marais de l’Otter Creek, ce qui a porté la surface totale de zones humides préservées dans ce système à 870 hectares (2 148 acres). Le Nature Conservancy estime que le marais de l’Otter Creek est le complexe marécageux le plus grand et ayant la plus grande diversité biologique de toute la Nouvelle-Angleterre. C’est un refuge pour les espèces d’oiseaux, une source d’alimentation pour la chauve-souris de l’Indiana, une espèce en voie de disparition, et un environnement accueillant de grands mammifères tels que l’orignal et l’ours. Le marais de l’Otter Creek offre également une protection contre les inondations à la commune de Middlebury, en aval. Durant la tempête tropicale Irene, les zones humides et les plaines inondables ont permis de réduire les dégâts des eaux dans la commune d’un montant estimé à 1,8 million de dollars. La protection contre les inondations devrait s’avérer d’autant plus précieuse que la fréquence des phénomènes extrêmes dans le bassin versant augmentera, comme le prévoient les modèles climatiques.

En 2016, le Vermont a autorisé la reclassification des 550 hectares (1 359 acres) de la zone humide de Sandbar, le vaste complexe de terres humides de delta entre la rivière Lamoille et le lac Champlain, en tant que zone de Classe 1, qui correspond au plus haut degré de protection. Cette désignation a plus que doublé la superficie totale de zones humides de Classe 1 dans l’État. Le complexe de Sandbar accueille 29 espèces rares, menacées et en voie de disparition et assure stockage de l’eau, rétention de nutriments et contrôle de l’érosion.

Début 2018, l’Adirondack Park Agency dans l’État de New York a reclassifié les 8 314 hectares (20 543 acres) de Boreas Ponds Tract en tant que complexe de zones forestières et naturelles sauvages d’usage limité. Cette zone offre un habitat pour des animaux et plantes rares et présentera aux habitants et aux visiteurs des possibilités de loisirs écologiques. À eux seuls, les étangs (ponds) qui donnent leur nom à cette zone représente 130 hectares (320 acres) de plans d’eau, mais la zone comprend aussi la rivière Boreas et divers cours d’eau; toute cette eau finit par s’écouler soit dans le lac Champlain, soit dans la rivière Hudson. La classification de Boreas Ponds Tract porte la superficie de la High Peaks Wilderness Area (zone de nature protégée) du parc des Adirondacks à plus de 100 000 hectares (250 000 acres).

Le travail se poursuit en matière de rétablissement de certaines espèces indigènes essentielles dans le lac Champlain. Une nouvelle technologie permet aux chercheurs de suivre par des moyens acoustiques des esturgeons jaunes marqués, ce qui permettra aux biologistes des pêches de mieux comprendre les mouvements, l’usage de l’habitat et les habitudes migratoires de ce poisson. Le pygargue à tête blanche a fait un retour remarquable après des années de déclin suite à l’utilisation au milieu du 20e siècle de DDT, un pesticide qui a provoqué chez ce rapace la production d’œufs à la coquille mince et non viable. Le nombre de couples nicheurs de pygargues à tête blanche au Vermont est passé d’un seul en 2003 à vingt-et-un en 2017. Audubon Vermont et le Vermont Fish and Wildlife Department envisagent de reclasser le statut du pygargue à tête blanche d’espèce en voie de disparition (endangered) à menacée (threatened).

L’élimination du barrage de Willsboro sur la rivière Boquet a ouvert des kilomètres d’habitat au saumon atlantique et à d’autres espèces de poissons essentiels. Photos :  Vic Putman.